vendredi 2 octobre 2015

Choisir un thérapeute lorsqu'on est en deuil



Thérapeute bienveillante pour les deuils
Après un deuil, rapidement, l'entourage  nous pousse à aller mieux. Et ce d'autant plus s'il s'agit d'un deuil périnatal, où parfois seuls les parents ont pu voir l'enfant décédé et tisser une relation avec lui.
Il est alors difficile de savoir jusqu'où nos réactions sont normales, et le conseil - bienveillant - de se "faire aider" revient fréquemment, car nos proches se sentent dépassés par nos réactions.
Se faire aider, cela veut dire aller voir un thérapeute, un psychologue ou un psychiatre... Seulement voilà... Tous les professionnels n'approchent pas le deuil de la même manière, avec le même état d'esprit. Certaines approches dites "thérapeutiques" peuvent être violentes pour l'endeuillé et le laisser encore plus seul.  Ça m'est arrivé et, croyez-moi, c'est une expérience très déstabilisante, qui survient à un moment où on a besoin de tout sauf d'être déstabilisé.

Mais alors, comment reconnaître un bon thérapeute?


Petite traduction ce matin, pour répondre à cette question et revenir sur l'importance de se respecter, de ne pas se forcer... Il s'agit d'un article du Huffington Post, écrit par Megan Devine en mars 2014 sous le titre "Si elle n'est pas faite pour "soigner" le deuil, à quoi donc peut bien servir une thérapie?".



"Il y a énormément de"trucs" sommaires, présentés dans le monde entier comme des "thérapies pour lutter contre la tristesse". Des cures de soixante jours, des solutions en 30 minutes. Des étiquettes sous forme de diagnostic qui montrent à quel point vous allez "mal", et des médicaments permettant de régler le problème pour vous.
L'approche thérapeutique de la tristesse joue souvent la partition bien réglée d'une belle et sage assistance permettant la pose d'un diagnostic médical avisé.

Je suis thérapeute.

J'ai été thérapeute pendant plus de 10 ans et j'ai travaillé pendant la décade précédente dans des services sociaux et d'éducation en lien avec des thérapeutes.

Dans mon travail en tant que clinicien, je devais donner aux gens un diagnostic. C'est ainsi que les thérapeutes et autres professionnels gagnent leur vie : nous posons des diagnostics dont les assurances maladies et les mutuelles ont décidé qu'elles les prendraient en charge.

Choisir un diagnostic, à la base, c'est disposer d'une liste et procéder à des éliminations ou des confirmations. Si je vous donne un diagnostic, cela dit aux autres personnes avec qui vous vivez que vous partagez au moins certains des défis que d'autres vivant avec le même diagnostic relèvent.

Au mieux, un diagnostic donne à votre entourage des informations pertinentes sans que vous ayez à subir les mêmes questions encore et encore.

Néanmoins, les diagnostics sont rarement utilisés ou vus "au mieux".


Même avant que je devienne veuve, je n'étais pas très tournée vers la pose de diagnostics pathologiques, cette médicalisation des expériences humaines normales. 

Je donnais à mes clients le diagnostic qui serait le moins stigmatisant possible et collerait avec précision aux batailles auxquelles ils étaient confrontés.

Je ne pouvais pas voir quelqu'un comme réagissant profondément mal juste sous prétexte qu'il souffrait. Je refusais de traiter qui que ce soit en partant du principe que ce qu'il ressentait était fondamentalement mauvais.

Après être devenu veuve, je me suis trouvée bien trop souvent du côté de celui qui reçoit un conseil médical, où l'on me disait que celle que j'étais, et comment je me sentais, était mal. 

C'était comme si mon intense, mon immense chagrin était pathologique et corrompu : le signe d'un esprit malsain.
Je n'étais pas vue ainsi simplement par mon entourage : amis, membres de la famille, simples connaissances... Certaines des personnes les plus dans le jugement et la correction de mon comportement étaient d'autres thérapeutes. Certains avaient même été mes collègues. J'avais même regardé l'un d'entre eux comme étant un bon enseignant dans sa spécialité.

La réponse écrasante, à la fois des professionnels et des observateurs lambdas, était que puisque je souffrais, je m'y prenais clairement mal.

Voir un thérapeute est une affaire compliquée - tant d'entre eux (même des bons, pour certains) souscrivent à la croyance caricaturale que la souffrance doit, d'une certaine manière, être corrigée, qu'il faut se frayer un chemin à travers elle.

Si vous êtes sur ce chemin de deuil, vous avez sans aucun doute entendu mille et une suggestion pour mieux faire votre deuil. Vous avez été encouragé à vous en sortir vite, à revenir à une vie "normale".

Mais il y a une autre manière d'aborder le deuil.


Il y a de très, très nombreuses années, dans ce qui semble être une autre vie, totalement différente, j'étudiais l'herboristerie. Le sujet d'un des cours était l'usage des herbes pour soigner les désordres immunitaires. Ce que le professeur nous a enseigné ce jour-là m'a marqué pendant plus de 20 ans.

Elle a dit que beaucoup de cliniciens soignent les désordres immunitaires avec des herbes pour chercher à stimuler et pousser le système immunitaire, pour tenter de le faire travailler plus fort et plus vite. "Cette approche est erronée", a-t-elle dit. "Lorsque vous êtes malades, votre système immunitaire est déjà en train de travailler aussi fort que possible".

Tenter de le faire travailler encore plus fort est tout simplement voué à l'échec.

L'herboriste nous a appris que, dans cette situation, ce dont le corps avait besoin, c'était d'herbes qui viennent en soutien du système immunitaire, des herbes qui marchent à ses côtés et l'aident. Les médicaments les plus utiles sont ceux qui ne poussent pas le système mais lui donnent du substrat. Le nourrissent. L'aident à continuer à faire ce qu'il est en train d'essayer de faire.

Le système ne travaille pas mal, il travaille aussi fort qu'il le peut.


Le deuil fait fonctionner votre esprit aussi fort qu'il le peut. 

Lorsque vous souffrez, vous n'avez pas besoin qu'on résolve votre problème. Vous n'avez pas besoin d'être étiqueté comme brisé, d'avoir vos émotions réparties dans des listes codifiées. Vous n'avez pas besoin qu'on vous pousse à aller plus vite.

Ce dont vous avez besoin, c'est de ces choses, - ou  de ces personnes, de ces mots - qui vont venir vous soutenir et vous donner du substrat. Vous avez besoin de choses qui vous nourrissent, qui vous aident à faire le travail que votre esprit sait déjà faire. Le travail est déjà en train de se faire.

Un bon thérapeute est une chose merveilleuse : il sait que vous ne vous y prenez pas mal. Il sait que son rôle est d'écouter et de valider, de rester à vos côtés et de vous fournir le soutien dont vous avez besoin.

Il soutient vos ressources; il vous donne de la stabilité.

Une bonne thérapie, ce n'est pas le traitement d'une mauvaise réaction. Et cela fait toute la différence du monde."



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