vendredi 17 octobre 2014

Un de vos proches vient de perdre un bébé, comment l’aider ?


Faire face au deuil périnatal - comment amis et familles peuvent-ils aider?

solidarité face au deuil périnatal
Une grossesse sur 100, passé le 3ème mois, ne se terminera pas par la naissance d’un bébé vivant.
Si l’on compte qu’un française a en moyenne deux enfants, cela veut dire que, potentiellement, une femme sur 50 sera, au cours de sa vie, confrontée au deuil périnatal.


Nous connaissons tous plus de 50 femmes et serons donc, tous, un jour ou l’autre amenés à rencontrer une femme, un couple, qui aura perdu un bébé au cours de la grossesse.
Une collègue, une sœur, une amie, une fille, une belle-fille… Quelqu’un de proche ou que nous connaissons moins bien.


 


C’est difficile de comprendre le séisme que peut représenter, pour les parents, le décès de leur enfant pendant la grossesse. Nous n’avons pas vu l’enfant, le ventre commence parfois à peine à s’arrondir, nous croisons la maman de loin en loin, le temps d’un week-end, d’une réunion ou d’une sortie de classe. Pour nous, qui ne le sentons pas bouger et n’avons pas connaissance de la grossesse depuis très longtemps, cet enfant là n’est pas bien réel.


C’est difficile, aussi, de savoir quoi dire, quoi faire. Nous avons peur de faire de la peine, de remuer le couteau dans la plaie, de provoquer les larmes.

Pour ne pas faire de peine, souvent, nous nous taisons.


C’est difficile de savoir comment aider un couple, une femme, qui pleurent. Nous craignons pour eux la dépression. Nous les invitons, pour leur bien, à se tourner vers un avenir forcément meilleur.


Par ignorance, par peur, pour nous protéger, en croyant bien faire, en pensant respecter leur intimité et leur éviter une dépression nous laissons les parents seuls…


Et la solitude non choisie, ce n’est pas exactement ce dont les parents ont besoin.


Alors, de quoi au juste ont-ils besoin?


Les 8 besoins fondamentaux des parents endeuillés


 1.    Besoin d’être reconnu comme parent.


o       Le deuil périnatal place souvent les parents dans la position très inconfortable de se sentir parent, qui plus est de vivre la douleur la pire qui puisse exister pour tout parent et, pourtant, de ne pas se sentir reconnu en tant qua tel par la société.

2.    Besoin de sentir son bébé reconnu.


o       Les parents endeuillés ont peur que leur bébé soit oublié par les autres, qu’on ne reconnaisse pas qu’il a vécu, même très peu et qu’ils lui ont donné tout leur amour.

3.    Besoin d’exprimer les émotions, pour pouvoir vivre cette période très douloureuse de leur vie.


o       C’est la capacité à garder intacte la sensibilité qui leur permettra, plus tard, de vivre pleinement des moments plus heureux de leur vie. S’ils s’anesthésient ou évitent de penser à ce qui fait mal, ils risquent de rester en partie « engourdis » toute leur vie.

4.    Besoin d’être accueilli sans jugement dans son ressenti, ses moments de douleur, de mieux, ses peurs, sa fatigue…


o       C’est cette assurance qu’ils ne seront pas jugés qui leur permettra d’exprimer leurs émotions.

5.    Besoin d’être rassuré sur le fait qu’ils sont normaux.


o       Les parents endeuillés sont souvent traversés d’émotions contradictoires, parfois violentes, de rêves, de cauchemars… Souvent, ils ne se reconnaissent plus et craignent de « perdre la raison. »

6.    Besoin de comprendre et de se comprendre.


o       les parents peuvent avoir besoin de raconter ce qu’il leur est arrivé, de revenir sur des détails, de répéter certaines choses… Cela leur permet de, petit à petit, comprendre et intégrer ce qui leur est arrivé.

7.    Besoin de temps.


o       Souvent, le choc du décès de l’enfant, à un moment où l’on s’apprêtait à accueillir la vie, est tel que, même s’ils ont intellectuellement compris, les jeunes parents peuvent avoir besoin de temps pour saisir émotionnellement, pour de vrai, ce qui leur est arrivé. Respecter ce temps est important : c’est leur inconscient qui les protège ainsi et leur permet de n’intégrer que ce qu’ils peuvent.

8.    Besoin d’aide matérielle concrète.


o       Le deuil va souvent de pair avec une baisse de l’énergie. Toute l’attention des endeuillés est absorbée par l’effort énorme consenti pour accepter l’inacceptable. Dans ces conditions, s’occuper des enfants, de la maison, travailler peut être très compliqué.


Je vous propose, à présent, de décliner chacun de ces 8 besoins pour que vous ayez des clés concrètes pour mieux épauler vos proches et vous sentir moins démunis.


 1.    Comment accueillir le besoin d’être reconnu comme parent ?


Le bébé, au quotidien, n’est pas avec ses parents, c’est un fait. Pour autant, cet enfant a été attendu et aimé par ses parents, et le chemin qu’ils font pour accepter sa mort est l’un des plus difficile qui soit.
Pour reconnaître leur légitimité, vous pouvez, par exemple,  leur envoyer un petit mot lors de la Fête des Mères ou des Pères.

En tant que parents, ils feront sans doute un certain nombre de démarches pour leur enfant décédé (entretenir la tombe, faire un coin ou un album souvenir, rencontrer d’autres parents endeuillés, chercher un bijou, une plante….)
Leur en parler, poser des question, vous y intéresser montrera combien vous comprenez qu’ils sont parents de cet enfant et font de leur mieux pour être de bons parents. Cela leur sera d’un grand réconfort et rompra un peu leur solitude.


2.    Comment montrer aux parents que l’on n’oublie pas leur bébé ?


Tout d’abord, n’ayez pas peur de prononcer le prénom du bébé. Au début, sans doute, les larmes couleront, mais nous verrons un peu plus tard combien ces larmes sont nécessaires, combien les exprimer aide les parents. Petit à petit, les parents pourront parler de leur bébé sans pleurer, et même avec douceur et tendresse.

Ensuite, n’hésitez pas à envoyer aux parents un petit mot aux dates anniversaire, pour leur dire que vous pensez à eux et à leur bébé. Ils se sentiront entourés et portés par vos attentions. Cela adoucira leur peine.

Enfin, si vous en avez l’occasion, laissez le bébé prendre sa place dans l’histoire de la famille. Mentionnez-le sur un arbre généalogique, sur le récapitulatif des moments importants de l’année ou parmi les morts de la famille, par exemple…


3.    Comment se comporter vis à vis des émotions des parents ?


C’ est à la fois très simple et très compliqué.
Compliqué car recevoir ainsi la douleur fait peur et nous réveille nos propres deuils, nos drames intimes.

Cela peut paraître insurmontable, et ne pas consoler, relativiser, détourner l’attention de l’endeuillé est vraiment difficile et réclame beaucoup d’attention à l’autre et d’écoute véritable. 
Simple car il vous « suffira » d’écouter, que parler et savoir quoi dire n’est pas nécessaire. Vous pourrez faire silence, accueillir les mots et les larmes, toucher un bras, une main, dire combien cette douleur, ces larmes, sont légitimes, combien les mots vous manquent…


Cependant, ces émotions que vous recevez existent, de par le décès du bébé. Vous n'en n'êtes pas responsable, même si cela peut être difficile de provoquer les pleurs d'un proche. Simplement, en les laissant s'exprimer, en n'essayant pas de le fuir ou des les réprimez, vous permettez aux parents d'être vrais et de s'en libérer petit à petit.
Pour terminer, sachez que les phrases de « consolation » (vous en aurez d’autres, vous êtes jeunes, c’est mieux ainsi…) sont vécues par les parents comme une négation de leur douleur et une invitation à se taire pour ne déranger personne. Ils peuvent le percevoir de manière très violente.

Apprendre à les écouter est donc un vrai cadeau que vous leur faites.

  
4.    Comment accueillir dans le respect et avec bienveillance les attitudes, parfois déroutantes, des endeuillés ?

Le mieux que vous puissiez faire est sans doute d’accepter les réactions des parents endeuillés sans les remettre en question, en leur laissant le temps et le droit de se mettre, pendant quelques temps, à l’écart de la vie.
Les fêtes, l’annonce des grossesses et des naissances, le simple fait de croiser bébés ou femmes enceintes peut leur sembler insurmontable. Ils peuvent parfois souhaiter ne pas venir aux fêtes de famille, rester tristes longtemps…

Si vous vous sentez perdu, que vous avez du mal à accepter cela, que cela vous touche et vous inquiète, ou que vous ne comprenez pas, vous pouvez vous documenter sur ce que les parents traversent, sur les manières d’y réagir.
Si vous le souhaitez, je vous invite à lire certains chapitres des rêves envolés, qui vous expliqueront les phases du deuil et les particularités du deuil périnatal.

En ouvrant ainsi votre esprit, en essayant de comprendre, vous parviendrez sans doute à mieux accueillir, sans les juger, des attitudes classiques chez les parents endeuillés et pourtant souvent mal perçues par leur entourage.



Parallèlement, il importe aussi de respecter les moments où les parents se sentiront mieux, où ils seront plus gais, sans penser pour autant qu’il n’y aura plus de moments difficiles. Comme tout deuil, le deuil périnatal n’est pas linéaire, et rire et pleurer dans la même journée n’est pas rare.


5.    Comment être rassurant pour les parents ?


Vous ne pouvez pas leur promettre que tout ira bien, ce serait présomptueux et incompris…
Rassurer revient, dans ce contexte très particulier du deuil, à valider leurs émotions, leur douleur, leurs difficultés à voir les femmes enceinte… A leur dire combien c’est une réaction normale, combien ils ont le droit de prendre du temps.

A les autoriser, parfois, à s’éloigner de vous tout en continuant à leur dire, à leur répéter que, lorsqu’ils auront besoin de vous, vous serez là.

Si vous vous sentez dépassés, vous pouvez lire un livre sur le deuil périnatal, pour mieux les comprendre.

Si vous êtes vraiment inquiet , parlez leur des groupes de paroles ou des psychologues spécialisés en deuil périnatal, tout en les rassurant sur le fait que vous serez toujours là pour eux, pour les écouter. Malgré votre bonne volonté, vous ne pouvez vous substituer à un professionnel et avez le droit, vous aussi, de vous sentir démuni et d'avoir vos limites.


6.    Comment accompagner les parents dans leur quête de vérité et de sens.


Pour comprendre, intégrer ce qui leur est arrivé , les parents vont avoir besoin de temps, et de raconter leur histoire, à mesure qu’ils la comprennent.
Ils pourront parfois répéter souvent les mêmes détails, revenir sur les mêmes douleurs.

Paradoxalement, ces répétitions leur sont indispensables pour avancer.

En les écoutant, même si c’est difficile, vous les aidez à apprivoiser leur histoire et à aller de l’avant. C’est par votre patience et votre écoute que vous les écouterez. 
Ne leur donnez pas vos interprétations, vos réponses. C'est à eux d'avancer sur leur chemin, personne ne peut le faire à leur place.
Si des images, des moments particulièrement violents les hantent et les empêchent de dormir, vous pouvez leur parler de l’EMDR, une technique de psychothérapie très efficace dans les cas de symptômes post traumatiques.


7.    Comment savoir respecter le temps du deuil.


Chaque deuil, chaque endeuillé est unique, en fonction de son histoire, de l’histoire de cette grossesse, de sa personnalité…

Malgré tout, on dit souvent que la première année est très difficile pour les endeuillés, avec son lot de dates anniversaires.
Pousser les parents à se « reprendre en main » au bout d’un mois ou deux, alors qu’ils commencent à peine à comprendre ce qui leur arrive, peut être très difficile et angoissant, pour eux.
Ils peuvent avoir l’impression d’être anormaux, trop lents, ou se sentir incompris et se refermer.

Laissez leur donc au moins cette première année pour avancer à leur rythme, même si cela vous semble très long.
Ils sont les mieux placés pour savoir ce dont ils sont besoin.
Votre confiance et votre respect les rendra plus solides, ce sera un très beau cadeau


8.   Comment aider concrètement vos proches?


Aider un endeuillé est souvent difficile, car ce dernier manque d’énergie (elle est entièrement accaparée par le deuil) et de volonté, même pour savoir ce dont il a besoin.

De ce fait, les parents endeuillés peuvent être pris dans un double piège :

-        ils ont du mal à gérer le quotidien, qui leur semble dénué de sens et d’intérêt. Ils peuvent aussi, du fait de leur peine, avoir besoin de moments seuls, sans avoir à s’occuper des enfants aînés.

-        Ils n’ont pas l’énergie et l’esprit de décision nécessaire pour demander de l’aide.

Dans ce contexte, votre aide sera précieuse si elle est concrète, comme une offre « clé en main ».
Vous pouvez débarquer le soir avec une quiche, passer prendre les enfants pour un tour au square, offrir un massage…



En accompagnant ainsi vos proches endeuillés, vous leur permettrez, à leur rythme, d’avancer dans leur deuil et d’apprendre à vivre avec l’absence de ce bébé attendu et désiré.

Ce sera long et douloureux, vous ne pouvez malheureusement pas changer la violence de ce qu’il leur arrive.
Mais en leur offrant un peu de douceur, vous leur permettrez d’avoir plus de force pour affronter et vivre ce qu’ils ont à vivre…

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