mardi 30 décembre 2014

La douleur des parents lors d'un deuil périnatal : ce qu'ils ont vraiment perdu.

Bien souvent, après une mort périnatale, les parents se heurtent à l'incompréhension de leur entourage. Pour eux, qui ne l'ont pas porté, qui n'ont pas touché le ventre de la mère, qui ne l'ont pas attendu de la même manière, ce deuil est un peu abstrait : pourquoi pleurer un être que personne n'avait vu? Pourquoi ne pas se tourner vers la vie, tourner la page, faire un autre enfant?


Le deuil d'un bébé : la souffrance de son père et de sa mèreAlors, aujourd'hui, petite revue de ce que perdent les parents lorsque, soudain, la vie bascule et que leur enfant meurt avant de naître.


 

Le deuil de leur enfant

 C'est une évidence, mais, ce que les parents perdent, d'abord et avant tout, à la mort de leur enfant, c'est cet enfant, justement.
Celui qu'ils ont attendu à ce moment là.
Celui qui était un garçon ou une fille, ou peut-être même ceux qui étaient jumeaux. Peut-être que c'était le premier garçon de la famille, et qu'ils en étaient si fiers, ou peut-être que c'était une quatrième fille, et imaginer leurs quatre filles du docteur March les faisait rire et rêver. On ne sait pas. Seuls eux, savent.
Celui pour lequel ils avaient choisi un prénom, avec amour. Peut-être que depuis qu'ils étaient petits, ils disaient "si j'ai une fille, je l'appellerai ...". Peut-être qu'ils s'étaient mis d'accord en amoureux, en établissant de longues listes pour trouver "le bon", celui qui leur plairait à tous les deux. De toute façon, ils avaient imaginé le crier à la cantonade à l'heure du goûter ou du bain, le chuchoter à l'oreille de leur bébé, au moment des berceuses. En choisissant un prénom, ils avaient pensé que leur enfant serait espiègle ou rêveur. Mais ils le diront si peu à voix haute, ce prénom qui restera quelques lettres, traces d'une vie, sur un acte de décès ou d'enfant né sans vie.
Celui qui avait un sens dans leur histoire : leur premier enfant, celui qui allait les faire devenir parents aux yeux des autres. Ou le deuxième, par lequel ils avaient l'impression de devenir une "vraie famille". Ou le troisième, si important car ils rêvaient d'une famille nombreuse...
Celui qui avait deux ans d'écart avec l'aîné. Ou trois, ou quatre, ou cinq. Peu importe. Plus jamais aucun enfant ne pourra avoir cet écart là avec son aîné.
Celui qu'ils avaient attendu pendant de longues années d'espoir et de désespoir, subissant même pour lui des protocoles médicaux si lourds.
Celui pour lequel ils ont eu peur, pendant la grossesse, mais ils espéraient tant que tout se passerait bien.
Celui pour lequel la grossesse s'est si bien passé, comme dans un rêve.
Celui qui donnait toujours des coups de pied la nuit, quand sa Maman essayait de dormir. Ou qui était si calme, on s'était dit qu'il serait doux de caractère.
Oui, cet enfant là, dans cette famille là, avec cette place là.
Peut-être y aura-t-il, dans quelques temps, un autre enfant. Mais cet enfant là, qui est mort, est irremplaçable, et c'est pour cela que ses parents sont en deuil.
A jamais, il leur en manquera un, celui-ci, celui qu'ils attendaient à ce moment là, à qui ils chantaient cette chanson-là, qui bougeait de cette manière là....
A jamais, ils hésiteront quand on leur demandera s'ils ont des enfants? Et combien?


Dans les jours et les années qui suivent la naissance de leur bébé mort-né, les parents endeuillés vont aussi devoir faire le deuil de l'avenir.

Chantal Verdon,  spécialiste canadienne du deuil périnatal, explique très bien cette particularité du deuil périnatal.
 Lorsqu'on attend un enfant, on imagine, on se projette dans cette vie où il sera là.
Les objets prennent tant d'importance, eux qui signifient la présence, la réalité d'une petite vie, cachée au creux de la mère. Il y a les doudous, le lit à barreaux, la layette et les stocks de couches.
Il y a ce Noël, pour lequel on avait prévu d'être un de plus, on avait même acheté un petit cadeau. Ou, peut-être, s'était-on dit que l'on resterait à la maison car le trajet aurait été trop long avec un nouveau né.
Il y a le retour chez soi, les bras vides.
Il y a les nuits où l'on pourrait dormir quand on aurait tant aimé se lever, les yeux cernés, pour bercer ce bébé tant attendu.
Il y a le silence, là où on appréhendait les pleurs et les rires.
Il y a ce congé maternité, vide, ou plutôt plein de chagrin au lieu d'être gorgé de joie.
Il y a la reprise du travail, mais sans nourrice, sans questions, sans nouvelles à donner du bébé, et toujours ce silence autour de ce que l'on a vécu.
Il y aura aussi la fête des mères et des pères, sans le plus beau cadeau que le coeur d'un papa ou d'une maman puisse imaginer.
Plus tard, il y aura, en creux, l'absence d'une première rentrée des classes, l'absence de toutes les premières fois.
Oui, perdre un enfant, perdre un bébé, c'est aussi perdre cet avenir rêvé, cet avenir que porte en lui chaque enfant qui naît à la vie.
 

Les parents, en perdant cet enfant, perdent enfin une certaine confiance en la vie.

Tout à coup, ils prennent conscience que tout, absolument tout, peut basculer, à tout moment. La fragilité de la vie leur saute au visage.
C'est extrêmement perturbant et insécurisant d'éprouver ainsi, avec son corps et ses émotions, la réalité de la mort et la brutalité de la vie.
Extrêmement insécurisant, aussi,  de perdre ainsi le contrôle de son existence.
Les parents peuvent donc être très angoissés.
Faire le deuil de son enfant, c'est faire le deuil de l'insouciance.
C'est vivre le fait que les drames n'arrivent pas qu'aux autres.
C'est apprendre à vivre avec la peur, au début chevillée au corps, qu'il arrive quelque chose à ceux que l'on aime.

Alors, au cœur de ce chaos, ce qui sauve, c'est l'autre.

Celui qui sait rester humain, écouter, simplement écouter, sans juger.
Celui qui se souvient.
Celui qui envoie un mot, aux dates anniversaires.
Celui qui prononce le  prénom du petit défunt.
Celui qui compte, sans oublier personne, le nombre des enfants de la famille.
Celui qui ouvre son coeur, enfin. Sans peur ou, plutôt, MALGRÉ la peur.
N'hésitez pas, soyez cet autre-là.
Car ces parents-là sont en deuil, vraiment, n'en doutez pas...




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