samedi 17 janvier 2015

Naissance d'un bébé mort-né : comment vivre le séjour à la maternité?

garder souvenir bébé mort-né

Comment préparer la naissance d'un bébé mort-né? 

La naissance d'un bébé mort-né ou le décès d'un bébé peu après sa naissance sont toujours un choc immense pour les parents.
Alors qu'ils attendaient la vie, se réjouissaient de la sentir au creux du ventre maternel, c'est la mort qui, soudain, arrive.
Sidérés, en état de choc, non préparés à ce qui les attend, les parents doivent faire face à de nombreuses questions  : veulent-ils rencontrer leur bébé? Lui donner un prénom?...
Il leur est particulièrement difficile d'y répondre, alors qu'ils sont assaillis par des émotions violentes, les premières d'un deuil douloureux. Le déni, la colère, la tristesse, la culpabilité les submergent.
Pourtant, beaucoup de gestes à poser, pendant ces jours très courts qui séparent l'accouchement ou la mort du bébé de sa crémation ou son enterrement, pourront les aider à être plus en paix par la suite.



Exprimer ses craintes, se faire entourer par le personnel médical.

Les parents ont souvent peur que leur bébé soit "monstrueux", qu'il ait des difformités qui aient causé sa mort. Ces peurs sont très présentes lorsqu'il a fallu procéder à une IMG car le bébé présentait des anomalies incompatibles avec la vie.
Le plus souvent, discuter avec les sage-femmes ou les médecins permettra de les rassurer ou de les préparer à voir le bébé en prenant la mesure de son état physique. La plupart du temps, aucune malformation ne sera visible.
Pouvoir ainsi s'appuyer sur les professionnels, exprimer ses besoins, oser poser les questions que l'on a en tête, se laisser entourer, c'est un premier pas pour savoir ce que l'on veut pour soi et son enfant.

Voir le bébé décédé

Faire connaissance avec son enfant par delà la mort

De nombreuses études montrent combien, le plus souvent, rencontrer leur bébé aide les mamans, les papas, à réaliser ce qui leur arrive et à se sentir plus apaisés ensuite.
Cette rencontre permettra de se bâtir des souvenirs, de reconnaître le bébé comme membre de la famille. Souvent, les parents s'émerveilleront de ses mains, reconnaîtront la forme de sa bouche, tellement semblable à celle de sa grand-mère, ou une similitude émouvante avec les autres bébés de la famille.
Parfois, les parents n'osent pas prendre l'enfant dans leurs bras, comme s'ils étaient dépossédés de leur autorité et de leur légitimité.
Ils peuvent pourtant porter leur bébé, défaire les couvertures et les langes pour observer son petit corps s'il le souhaitent.
Rien n'est obligatoire, mais tout ce que dicte le coeur doit être possible, avec une infinie délicatesse.
Cette rencontre permettra aux parents de s'ancrer dans cette réalité difficile, et, la plupart du temps, restera un beau moment, doux et tendre.

Prendre soin de son enfant, avec tout son amour.

C'est aussi l'occasion de prendre soin de son bébé, de faire ce que l'on peut pour lui, à ce moment là.
Il est possible de l'habiller d'un joli pyjama ou de se rapprocher d'associations pour qu'il soit enveloppé dans de beaux langes tout doux. On peut aussi demander à une sage-femme de le faire pour soi, si cela semble trop difficile ou fait peur.
On peut mettre avec le bébé un joli doudou, des dessins, des photos de la famille, des mots tendres...
C'est très réconfortant, par la suite, de savoir que l'on a fait selon son coeur, avec tout son amour.
Dans certains pays, les parents peuvent donner le bain à leur bébé, prendre ainsi soin, une dernière fois, de son corps.

 Passer du temps avec son bébé, parce que ces instants ne reviendront plus.

Les moments qui s'ouvrent aux jeunes parents sont extrêmement courts.
Pour autant, il leur est possible de demander à passer autant de temps qu'il le souhaitent avec leur bébé. Ils peuvent demander aux sage-femmes de monter l'enfant dans leur chambre ou demander à aller le voir à la chambre mortuaire de l'hôpital, ou à la chambre funéraire des pompes funèbres si une cérémonie est organisée par les parents.
J'ai même vu que, aux États-Unis, certaines maternités étaient équipées de couffins réfrigérés qui permettaient à la mère de garder son enfant à ses côtés pendant la durée du séjour hospitalier.
C'est très important, car les jours qui suivent le décès du bébé sont les seuls moments que ses parents pourront passer avec lui et garder en mémoire.
Or, les souvenirs existants avec le défunt permettent de traverser  un deuil, de prendre conscience du lien d'amour vivace qui existe entre le disparu et ceux qui le pleurent.
Dans le cas d'un deuil périnatal, l'absence de moments partagés peut compliquer ou bloquer le processus.
Construire ces souvenirs tant qu'il en est encore temps est donc primordial.


Garder des souvenirs du bébé décédé.

Les parents pourront conserver un ensemble de souvenirs du bébé. Ils en auront besoin au début du deuil, car voir et toucher les traces du passage dans leur vie de leur enfant leur fera du bien.
Ces petits objets leur permettront également de parler avec leurs proches, leurs enfants vivants, du petit disparu et de son histoire.

Lorsque c'est une IMG qui est programmée.

Les parents auront eu quelques jours pour se préparer. Ils auront alors pu acheter en double les petits pyjamas ou nids d'ange, le doudou qui restera auprès de leur enfant.
Certaines mamans gardent parfois ces objets contre elles en attendant la naissance, afin que leur bébé parte dans l'au delà enveloppé de leur odeur. C'est un geste d'amour très touchant, qui peut aussi être apaisant pour la mère, si elle en ressent le besoin.

Dans le cas où la mort de l'enfant survient de manière brutale et inattendue.

De nombreux gestes peuvent être posés et permettre de garder de nombreux souvenirs du bébé.

Il est possible de prendre des photos de lui. 
Il faut savoir que les hôpitaux français prennent systématiquement une photo des bébés décédés, et les gardent à la disposition des parents, même de nombreuses années après. Si les parents sont trop choqués pour prendre eux-même des photos, ou qu'ils ne le souhaitent pas sur le moment mais changent d'avis par la suite, ils peuvent donc demander à l'hôpital de leur donner.
Cependant, ces photos sont avant tout médicales, froides, et peuvent ne pas correspondre à l'imaginaire des parents. Parfois, des problèmes techniques peuvent survenir (défaillance d'une carte mémoire...) et aboutir à l'absence de photo. C'est alors extrêmement douloureux pour les parents.
Pour ceux qui souhaitent un souvenir photographique, qui le savent au moment de la mort de leur bébé, qui s'en sentent capable, il vaut donc mieux s'en charger eux-même.
Les photos seront alors plus chargées de tendresse. Elles pourront aussi être cadrées sur ce que les parents veulent garder en mémoire : un joli visage, des doigts délicats, une photo de famille...
Aux États-Unis, une association propose également aux parents les services de professionnels bénévoles, pour des photos magnifiques, empreintes d'émotion et d'un immense respect. En France, des initiatives mûrissent dans le même sens. Peut-être que cela sera bientôt possible ?

Des souvenirs concrets du passage sur Terre du bébé peuvent également être conservés : empreintes, moulages, mèches, bracelet de naissance...
De plus en plus de maternités proposent aux parents endeuillés de déposer sur un papier la marque de la main de leur bébé. L'association SPAMA a mis au point une valisette, qu'il suffit de demander, et qui permet de garder les différents souvenirs du bébé, ses petites affaires, ainsi que des messages des proches, éventuellement des personnels soignants...
Si rien n'est proposé, les parents peuvent également, s'ils le souhaitent, prendre eux-même l'empreinte de la main ou du pied de leur bébé, garder en souvenir une mèche de ses fins cheveux ou confectionner un moulage.
On trouve, dans de nombreux magasins, des Kit de Moulage et d'Empreintes conçus pour les nouveaux nés qui seront tout à fait adaptés et permettront d'imprimer facilement la forme de la main de l'enfant sur un support souple à encadrer.

Le bracelet de naissance, la pince du cordon constitueront d'autres souvenirs précieux.

Toutes ces traces de vie permettront aux parents d'accepter la réalité de la naissance mais aussi de son issue.  En affirmant l'histoire du bébé, aussi courte soit elle, en la reconnaissant comme importante, les parents peuvent s'autoriser à la pleurer mais aussi à garder, dans le creux de leur cœur, tout ce qu'ils ont vécu de merveilleux avec l'enfant qu'ils attendaient. C'est ainsi, petit à petit, en reconnaissant l'existence de leur fils ou de leur fille dans leur vie personnelle, de couple et de famille, qu'ils apprendront à vivre avec son absence et sa mort.

Inscrire l'enfant dans la lignée familiale.

Petit d'homme, l'enfant à naître n'a pourtant, pour les autres que la mère, qu'une existence en creux : on le devine sous le ventre rond, on parle de lui, on l'attend.
Avant la naissance, nul ne l'a vu, nul ne l'a entendu.
Pourtant, il fait déjà partie de la famille. Quoi qu'il arrive, cet enfant là aura sa place dans la fratrie, parmi les cousins et cousines... Il sera l'aîné, celui qui aurait eu le même âge que...
On sait maintenant combien gommer sa mort, et donc sa vie, de l'histoire familiale est douloureux. Douloureux non seulement pour la mère, pour le père, mais aussi pour l'enfant d'après, qui peut devenir "de remplacement", avec tout ce que cela suppose de difficultés, pour les aînés, et pour la famille en général, sur qui le deuil et les angoisses de mort des parents peuvent rejaillir.
Accueillir l'enfant mort-né, lui donner la place qui lui revient dans sa famille est donc primordial.

Présenter le bébé décédé à la famille et aux proches, pour le pleurer ensemble. 

A l'heure des présentations, pris par leur douleur, par une pudeur bien naturelle, désarmés, les parents n'osent pas toujours inviter leurs proches à voir leur enfant.
Pourtant, dans la mesure du possible, de la sensibilité de chacun, cette rencontre peut être un moment fort, et peut également permettre, par la suite, à l'entourage de mieux comprendre le deuil qui frappe les parents, de mieux ressentir et exprimer le leur aussi. Oncles, tantes, grands-parents, parrains, marraines sont en effet touchés par le décès du bébé, sans toujours savoir comment l'exprimer, par égard pour la douleur des parents. Vivre ensemble un moment autour de l'enfant, savoir à qui il ressemble, être rassuré sur son apparence physique constituera, lorsque la rencontre peut se faire, un ciment fort pour la famille.

Laisser ses frères et soeurs l'embrasser, pour qu'eux aussi aient des souvenirs et se sentent inclus dans la famille.

De la même manière, frères et soeurs peuvent souvent venir voir le bébé et le tenir dans leurs bras, après que les parents en ont discuté avec le personnel soignant. Moins choqués que les adultes par la mort, ce sera souvent pour eux un temps fort, marqué par la joie de se sentir réellement grand frère ou grande soeur. A titre personnel, le seul regret de mon aînée est de ne pas avoir vu sa soeur. Elle nous le reproche régulièrement, alors que nous pensions la protéger...

Nommer l'enfant par son prénom, l'inscrire sur le livret familial, pour une reconnaissance officielle.

Pour ancrer l'enfant de sa famille, la législation française permet également aux parents, une fois le premier trimestre de la grossesse passé, de donner à leur enfant un prénom et de le faire figurer sur le livret familial.
Dans le cas où l'enfant est mort-né, (c'est à dire né vivant mais non viable (né avant 22 semaines aménorrhée ou 500g de poids) ou mort-né plus tard dans la grossesse) le prénom figurera dans un acte d'enfant né sans vie et sur le livret de famille à la section "décès". L'enfant ne portera pas le nom de la famille.
Ces démarches constituent un choix pour les parents. Elles ne sont pas obligatoires.
Si les parents, qui n'avaient pas voulu ou pas pu, au moment de la naissance, les accomplir, changent d'avis, ils peuvent se rendre à l’État Civil, en produisant un certificat d'accouchement, sans limite de temps. Le travail de deuil peut ainsi se faire au rythme et selon les besoins de chacun.
Dans le cas où l'enfant est né viable, et a vécu avant de décéder, un acte de naissance, puis de décès seront établis. La filiation est alors inscrite et les parents sont tenus de donner un prénom à leur enfant.
Le choix du prénom, le fait de pouvoir nommer l'enfant permettront de l'ancrer symboliquement dans l'histoire familiale, de lui donner une juste place. C'est une avancée importante pour la reconnaissance du deuil périnatal.

Par la suite, les parents pourront poser d'autres actes pour leur bébé : choisir de l'enterrer, de le crématiser ou qu'il repose dans un "carré des anges", choisir un faire-part de décès ou l'envoi de cartes de remerciement, écrire son histoire, lui dédier un coin dans le jardin ou la maison...
Il existe mille manières, propres à chacun, de vivre avec ce deuil. Nous en reparlerons plus tard.

Chacun des gestes posés aidera les parents, les proches, à donner au petit mort sa juste place, celle qui est la sienne, lui qui n'est plus parmi les vivants mais qui laisse une trace indéniable, faite d'amour, de larmes et de sourires. C'est en effet en reconnaissant l'existence et la valeur, pour ceux qui l'aiment, de sa vie qu'on permettra  à son entourage de, petit à petit, vivre de manière apaisée avec sa mort...

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