mercredi 17 février 2016

Deuil Périnatal : qui sont les aumôniers d'hôpital?

Un personnel professionnel ou bénévole formé à l'écoute, pour une approche spirituelle du deuil, dans le respect des croyances de chacun...

Présentation des aumôniers d’hôpital


deuil périnatal et spiritualité avec les aumoniers d'hopital
Vous pouvez peut-être les rencontrer dans les couloirs de l’hôpital, lorsque vous y séjournez après la mort de votre bébé ou si vous venez visiter un malade.

Je vous propose, cette semaine, de faire le point sur le rôle, la formation, le fonctionnement… des aumôniers d’hôpital.

J’ai pour cela contacté le service aumônerie de l’hôpital de Valence, qui a accepté de répondre à mes questions, ce dont je le remercie vivement !

Nous commenceront par une petite présentation de cette mission méconnue.


Les aumôniers, des employés de la fonction hospitalière, garants de la liberté de culte à l’hôpital.

Les aumôniers peuvent être des laïcs ou des religieux.
Ils permettent à ceux qui le souhaitent un accès facile à leur religion au sein de l’hôpital.
Afin de respecter la laïcité de notre société, toutes les religions doivent être représentées ou joignables. (Loi du 9 décembre 1905, Circulaire du 2 mars 2006) On trouve donc des aumôniers catholiques, protestants, musulmans…, chargés aussi bien de représenter leur culte que d’assurer un lien avec les autres religions, dans le cas où elles ne seraient pas représentées directement. C’est donc à l’aumônier musulman, protestant ou catholique que vous croiserez que vous pouvez demander, si vous le souhaitez, d’appeler le temple bouddhiste ou le rabbin le plus proche.

Les aumôniers sont nommés par l’autorité cultuelle de leur culte. Ils sont des employés de l’hôpital ou, parfois, des bénévoles. Ils sont placés sous l’autorité d’un référent administratif et respectent les règles s’appliquant aux autres salariés de l’hôpital.

Accompagner la dimension spirituelle du patient sans jamais faire de prosélytisme.

Le prosélytisme est bien sûr strictement interdit.
L’aumônier peut avoir été appelé dans une chambre, même si ça devient moins courant. Il remplit alors son rôle, et peut aborder les sujets qui intéressent le patient, prier, permettre l’accès aux sacrements…

L’hôpital peut aussi l’autoriser à passer de chambre en chambre. La discrétion est alors de mise. Il ne doit pas faire étalage de sa foi, sauf si on lui pose des questions dessus. Il est là pour écouter la personne, si elle souhaite lui parler, et quelle que soit sa religion. Il se fera d’ailleurs le relais des besoins que le malade fait remonter, si ce dernier souhaite rencontrer quelqu’un de sa religion.
Son rôle est d’écouter, de suivre le patient dans son cheminement et ses besoins : questionnements, doutes, révoltes, questions d’ordre spirituel ou existentiel… La maladie et le deuil sont souvent très déstabilisants pour le patient et son entourage. Il est important qu’ils puissent être entendus dans toutes les dimensions de leur être, qu’on ne les limite pas uniquement à un corps à soigner.

Une écoute individuelle, dans le respect de l’intimité du patient, soutenu par une pratique collective

L’aumônier se présente seul. Les échanges sont ainsi facilités et la parole plus libre.
Cependant, en dehors de ces rencontres avec les patients, l’aumônier travaille en équipe.
Pour commencer, les équipes d’aumônerie des différentes religions s’organisent  pour être sûr que tout l’hôpital est desservi de manière homogène et que deux aumôniers de cultes différents ne passent pas le même jour dans le même service, par exemple !
L’aumônier travaille en équipe, de la même religion que lui, avec la quelle il va pouvoir partager les moments qui l’ont particulièrement touchés ou ceux où il s’est senti en difficulté. Des réunions hebdomadaires vont être l’occasion d’aborder ces points délicats mais aussi de discuter des projets à l’étude ou des relations avec les autres services.
Les aumôniers sont formés continuellement et accompagnés dans leur mission, en particulier avec de l’analyse de la pratique, qui peut par exemple être encadrée par une psychologue de l’hôpital.

L’aumônier, au service de toutes celles et ceux qui passent à l’hôpital

L’aumônier est là pour tous : les patients, bien sûr, mais aussi les familles, l’entourage du malade.
La demande peut passer par les soignants qui transmettent aux cultes demandés.

Les malades, eux, sont les premiers concernés. L’aumônier les rencontre directement dans leur chambre, en toute intimité.
Les familles, quant à elles, peuvent être esseulées, très démunies face à l’épreuve qu’elles traversent, et avoir grand besoin de parler. Il n’est pas rare qu’elles suivent l’aumônier hors de la chambre pour pouvoir échanger avec lui et se livrer un peu.

L’aumônier est aussi là pour écouter, aider l’autre à voir plus clair en lui-même et répondre aux demandes de prières, de partage des Textes Sacrés…

Les patients peuvent faire appel aux aumôniers pour qu’ils puissent recevoir des sacrements (communion…), des prières « clé » , des invocations ou pour un accompagnement de fin de vie. Les aumôniers peuvent également aider les patients et leur famille à prier ou à prononcer des invocations rituelles (naissance, douleur… dans la religion musulmane).
L’aumônier musulman va également être appelé pour des questions sur l’adaptation de la pratique religieuse du malade et de sa famille à l’hôpital. Il joue ainsi un rôle dans le maintien de la vie spirituelle du patient, malgré les difficultés d’un quotidien bouleversé par la maladie.

Il arrive aussi souvent que les aumôniers ne soient pas appelés mais se présentent en passant de chambre en chambre. Ils rencontrent alors, en proposant leur présence à ceux qui le souhaitent, un grand besoin d’écoute bienveillante et sans jugement. La quête de sens revient également très souvent et peut parfois déboucher sur des questions religieuses.

Si on souhaite pouvoir échanger sur ces questions, faire le point sur ce que l’on ressent à ce sujet, il ne faut pas hésiter à faire appel à l’aumônerie, sans attendre que quelqu’un passe dans sa chambre. Les visites des aumôniers sont en effet souvent très longues, et il arrive fréquemment qu’ils n’aient pas le temps de passer dans toutes les chambres.

 Quel est le travail des aumôniers d'hôpital au quotidien?


Les aumôniers du CH de Valence nous racontent leur quotidien : qui sont-ils, quelles sont leurs missions concrètes au sein de l’hôpital, quelle est leur formation… ?

Quelles sont les religions représentées par les aumôniers de votre hôpital?

Comme la plupart des hôpitaux, nous avons en notre sein des représentants des religions catholiques, protestantes et musulmanes.
Un ou deux hôpitaux accueillent aussi des aumôniers de confession bouddhiste. Ca reste rare cependant.
Comme il est important que chacun puisse pratiquer sa religion selon ses besoins, dans un objectif de laïcité, les aumôniers présents dans l’hôpital sont chargés de contacter les autres responsables religieux, à la demande des patients.
Nous avons toujours à disposition un carnet d’adresse nous permettant de contacter la synagogue ou le temple bouddhiste le plus proche !

Quel est le rôle des aumôniers à l’hôpital ? Quelles sont vos missions ?

Au départ, il s’agissait avant tout de répondre aux demandes d’ordre cultuel. A l’hôpital, les gens ne peuvent pas sortir, ils sont fatigués, un peu hors du temps. Nos services ont été mis en place pour leur permettre d’accéder à leur culte sans se déplacer.
Néanmoins, aujourd’hui, les choses ont changé. La pratique n’est plus aussi importante qu’autrefois, et nous sommes moins appelés dans ce cadre-là.
Ce qui reste, en revanche, c’est le besoin de spirituel, la quête de sens, qu’elle ait une réponse religieuse ou pas.
Nous sommes là pour ça. Pour écouter l’autre, son cheminement, pour qu’il puisse dire sa dimension spirituelle s’il en ressent le besoin. Pour visiter le patient, aussi, créer une relation humaine, nourrissante. Certaines personnes, très seules, sont en effet besoin, tout simplement, de pouvoir parler à quelqu’un.
La plupart du temps, c’est la question du sens qui va ressortir : quel sens peut avoir l’épreuve que je vis ? Y en a-t-il un, d’ailleurs ?
Parfois, certaines personnes vont relier ces questions à Dieu, à la pratique de leur religion, mais pas toujours.
Nous ne sommes pas là pour « porter la bonne parole », mais pour écouter, recueillir les larmes. C’est le maître mot de notre pratique. Nous nous adaptons à la personne, à ce qu’elle est à un moment donné et, par notre oreille attentive et bienveillante, nous l’aidons à y voir plus clair en elle, à mieux percevoir là où elle en est.

Il ne s’agit donc pas d’une approche directive au cours de laquelle vous délivreriez un enseignement, le point de vue de votre religion, par exemple ?

 Non, nous sommes simplement là, signes que le religieux est là pour ceux qui le souhaitent, que les institutions religieuses sont présentes dans la vie de ceux qui en éprouvent le besoin, quelles que soient les épreuves qu’ils traversent.
Notre manière d’être doit être un témoignage de cette présence, de cette attention portée à l’autre.
Notre foi nous soutient, la lecture des textes sacrés (Bible, Coran…) aussi, mais nous n’en parlons pas, à moins que cela n’intéresse le patient et qu’il nous le demande expressément.
Il n’est pas question de faire du prosélytisme ! Et d’autant plus lorsque celui qui nous reçoit dans sa chambre peut être affaibli.
Nous nous contentons de présenter l’Aumônerie, de dire que nous existons, et nous ne restons avec la personne que si elle le souhaite, en restant au plus près de la tonalité qu’elle va donner à la conversation.
Il s’agit de respecter, toujours, sans jamais imposer, et d’être en permanence ouvert à la rencontre.

Finalement, on peut distinguer 3 volets dans notre pratique personnelle :
  • La présentation de notre service, de l’aumônerie que nous représentons, avec les services qu’elle propose (cérémonies religieuses, sacrements, conseils sur la pratique…)
  • L’accompagnement de la personne, qui est une adaptation à la personne, à ce qu’elle veut dire / livrer, en fonction de son histoire, du moment où l’aumônier arrive, de sa culture…
  • La réponse, lorsque le patient le demande, à un besoin de pratique cultuelle.

 Pour que ce travail puisse se faire dans le respect de l’autre, il faut beaucoup de recul sur soi, ses croyances, son cheminement… Recevez-vous une formation pour vous aider ?

Oh que oui ! C’est indispensable, et obligatoire quelle que soit notre religion.
Au départ, nous sommes formés par les autorités de notre religion, au maximum à l’aide de formations diplômantes.

Concrètement, comment cela se passe-t-il pour les catholiques ?


L'équipe de l’aumônerie catholique du CH de Valence
Par exemple, en tant qu’aumôniers catholiques, notre diocèse nous fait suivre une formation de base en 2 ans puis une formation continue, et propose un certificat universitaire de pastorale de santé, pour lequel il faut avoir suivi des cours théoriques et un stage. La formation à l’écoute, en particulier, est très importante, aussi bien pour les aumôniers que pour les bénévoles.

Et pour les musulmans ?

La Grande Mosquée de Paris propose un diplôme d’aumônier, qu’il est possible d’obtenir en 2 ans. Nous recevons nous aussi des cours sur l’accompagnement des malades et l’écoute. Nous abordons également de nombreuses questions religieuses. Nous avons des cours sur le Coran, par exemple, sur le rôle et les devoirs du musulman dans la société… Il est en effet important que nous sachions répondre concrètement et précisément aux questions que l’on nous pose sur la pratique de la religion. On nous consulte beaucoup à ce sujet (comment faire ses prières lorsqu’on est cloué sur son lit et qu’on ne peut plus faire ses ablutions comme d’habitude ? Quelles sont les règles prévues par le Coran pour prendre en compte la fatigue des familles et des malades tout en maintenant une vie spirituelle active ?…).
Nous devons orienter vers une pratique respectueuse du patient, de ce qu’il vit, capable de le soutenir et non de le décourager. C’est pourquoi les aumôniers sont choisis pour leur pratique équilibrée de la religion.

Au terme des 2 années, nous sommes reçus par l’aumônier national, qui s’entretient avec nous et délivre l’agrément qui nous permettra d’exercer dans les hôpitaux.

 Et chez les protestants, quelle est la formation reçue ?

L’aumônerie protestante est constituée souvent de pasteurs et de bénévoles.
Les pasteurs, de fait, ont suivi une solide formation théologique de 5 ans.
Les bénévoles, quant à eux, suivent une formation à l’écoute puis 6 jours de formation par une association agréée de formation à la supervision pastorale.
Le visiteur bénévole travaillera ensuite avec un autre visiteur, plus expérimenté, pour ses premières rencontres avec les patients. Petit à petit, il deviendra autonome mais continuera d’être suivi régulièrement.
Par ailleurs, pour l'ensemble des aumôniers, des analyses de la pratique, réalisées avec une psychologue indépendante, ont lieu tous les 2 mois.

Par la suite, tous les aumôniers salariés par l’hôpital peuvent se former, en formation continue auprès de :
  • L’hôpital, puisque nous pouvons bénéficier des mêmes formations que le reste du personnel hospitalier. Nous avons par exemple reçu des cours destinés aux aidants des malades atteints de la maladie d’Alzheimer mais aussi des leçons de lavage de main, très importantes lorsqu’on travaille dans un milieu médical.
  • Les autres services. C’est surtout vrai si nous ressentons que nous avons besoin de nous former sur une pathologie particulière, afin de mieux s’adapter aux patients. Nous pouvons alors demander au personnel d’un service particulier de nous aider en concoctant une journée de formation. C’est toujours très intéressant, et cela nous permet aussi de créer des liens avec les autres services, ce qui est important puisque nous sommes collègues. Nous avons ainsi pu avoir l’intervention d’un orthophoniste ou d’un psychologue gériatre qui nous ont beaucoup aidées.
  • Les autorités religieuses peuvent aussi proposer des parcours de formation continue. La pastorale de la Santé, par exemple, organise des sessions sur la laïcité, l’écoute, l’islam, la vision chrétienne de la personne, l’éthique… Certains de ces cours peuvent être suivis par ceux qui le souhaitent, quelle que soit leur religion, du moment qu’ils interviennent dans le domaine de l’aide à la personne.
  • Diverses associations  (associations de soutien aux malades et à leur famille…)

Aumôniers à l'hôpital : dans le cas d'un deuil périnatal


Nous allons voir comment les aumôniers d’hôpital peuvent aider les parents subissant un deuil périnatal.

Les aumôniers font-ils des visites dans les maternités ?

Cela varie selon les hôpitaux. Dans notre Centre Hospitalier, à Valence,  ce n’est pas le cas systématiquement, ils viennent au besoin.
C’est une question à travailler avec le personnel soignant, afin que la présence des aumôniers soit une réelle source de réconfort.

Le risque, si le rôle des aumôniers n’est pas clairement expliqué, est que leur présence soit source de stress dans des services où vie et mort se côtoient, comme en néonatologie, par exemple. En effet, des parents mal préparés pourraient penser, en voyant arriver l’aumônier, que le pronostic vital de leur bébé est engagé alors qu’il s’agit simplement de parler et d’échanger sur ce qu’ils vivent ! Il s’agit de respecter avant tout le bien être du patient

Les aumôniers peuvent bien sûr venir sur une simple demande des parents auprès des personnels de santé.

Dans le cas d’un deuil périnatal, que peuvent apporter les aumôniers d’hôpital ?


Pour les catholiques, le baptême est un sacrement important, par lequel les parents disent leur souhait que leur enfant appartienne à la communauté chrétienne et soit reconnu comme « enfant de Dieu ».
Habituellement, ce sacrement est précédé d’une préparation spirituelle et a lieu dans les mois qui suivent la naissance du bébé.
Lorsqu’un deuil périnatal intervient, les religions chrétiennes reconnaissent l’importance et le caractère sacré de la vie du bébé, aussi courte soit-elle, et les parents peuvent également décider de donner à leur enfant le sacrement du baptême.
Si les parents savent que leur enfant, déjà né, est en fin de vie, ils peuvent ainsi demander son baptême, en urgence. Ils appelleront pour cela l’aumônerie.
Si le bébé est mort in-utero, les parents pourront parler avec un aumônier ou un prêtre de l’importance de ce sacrement pour eux, et du projet qu’ils avaient de faire baptiser leur enfant. Cette intention sera reconnue comme « baptême de désir », sans qu’il y ait besoin de faire une cérémonie. La place et l’importance de leur enfant dans leur famille et dans la communauté chrétienne est ainsi marquée.

Pour les parents protestants, le baptême est le signe de la grâce de Dieu et de la place marquée dans l’Église. Il est donc important, mais Dieu précédant les signes humains, un enfant qui viendrait à mourir sans avoir été baptisé est, de fait, déjà auprès de Dieu.
Les protestants ne proposent donc pas de baptême d’intention, ni d’ailleurs d’autres rituels.
En revanche, l’aumônier pourra dialoguer avec les parents, répondre à leurs questions et les accompagner sur les premiers moments du douloureux chemin de deuil.

On trouve dans la religion musulmane le même soin apporté à reconnaître
l’enfant, l’amour que sa famille lui porte et sa dignité au sein de la société.
C’est pourquoi les parents pourront, s’ils le souhaitent, appeler l’aumônier afin qu’il procède à la toilette mortuaire de leur bébé, dès lors que celui-ci aura atteint 4 mois de gestation.
Il sera alors habillé avec soin d’un linceul blanc.
L'aumônière musulmane et moi-même :)
Cette toilette, souvent apaisante pour les parents, n’est pas obligatoire dans le cas d’un bébé né prématurément. Elle sera faite à la demande des parents.
La prière des morts, elle, ne sera jamais prononcée, du fait de l’innocence du bébé.

Dans tous les cas, les échanges avec un aumônier, formé à l’écoute et à la relation d’aide, permettront d’entamer un chemin long et douloureux vers la prise de conscience de ce qui se produit dans la famille. C’est par la parole que, petit à petit, les parents pourront réaliser que l’inconcevable est arrivé et donner à leur tout-petit une juste place dans leur famille. 

Encore merci à l'aumônerie pour son accueil!

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