lundi 22 septembre 2014

R.E.N.A.I.T.R.E, retraites pour Mamans endeuillées - deuil périnatal…



Pour renouer les fils de la vie, après la mort de son enfant

Je voulais aujourd’hui laisser parler Blandine de Coincy, qui propose aux mamans endeuillées après la mort de leur bébé des retraites. Pour prendre soin d’elles, rencontrer d’autres mamans, entourées et cocoonées par des professionnels à l’écoute…



1.    Comment t'est venue l’idée de faire ces retraites pour les parents endeuillés ?


Retraîte pour parents endeuillés - deuil périnatal
Cela faisait 21 mois que j'avais perdu ma fille Sixtine, et sur un groupe Facebook, j'ai vu une retraite organisée en Californie. Cette week-end était organisé par Kiley, la femme de Sean Hanish, le réalisateur du film Return to zéro.
Puisque je parle anglais couramment et que financièrement c'était possible, je me suis inscrite, et j'y suis allée. Ca a été très bénéfique pour moi, un vrai changement, une nécessité.
Dans la voiture sur le chemin du retour, j'ai demandé à Kiley si elle m'autorisait à importer le concept en France, elle était d'accord. J'ai sondé un peu mes amies mamans endeuillées et je me suis rendue compte que le besoin était là, réel.
Une demande, pas d'offre...quelques semaines plus tard, le concept R.E.N.A.I.T.R.E. était né.

2.     Pourquoi avoir choisi ce terme de « retraite », qui semble religieux ? Y a-t-il un aspect religieux dans les WE que tu proposes ?


C'est une bonne question!
Effectivement, le mot retraite est souvent associé à la religion, et je précise à chaque fois que je communique sur ces week-ends entre mamans endeuillées, que cela n'a rien de spirituel.
La retraite, c'est " se retirer de".
Lors des retraites "RENAITRE", on se retire, pendant 2 jours, de notre quotidien. On arrête le métro/boulot/dodo, ou le congé maternité les bras vides, on s'extrait des éventuelles maladresses, des questions auxquelles on ne sait comment répondre, des regards de pitié que l'on peut avoir parfois. On se retrouve "entre nous", entre parents qui se comprennent à demi mot; sans jugements.
La retraite, c'est un endroit ou l'on peut s'exprimer et vivre ses émotions en étant protégée.
Et surtout, on "se retire" pour prendre du temps pour soi : pas de repas à préparer, pas de lessive à étendre... Prendre soin de soi, aller mieux, c'est une autre façon d'honorer la mémoire de son bébé parti trop tôt. C'est une autre forme de prise en charge du deuil périnatal. Quelque chose qui n'a jamais été proposé jusqu'alors en France...

 

3.    Tu es psychologue. Interviens-tu dans les retraites, d’un point de vue professionnel ?


Effectivement, je suis psychologue, en plus d'être mamans d'enfants vivants et d'un enfant décédé.
Lors des échanges en groupe, ma formation me permet d’être vigilante, à l’écoute, même si les retraites ne sont ni un "groupe de paroles de 48h", ni une thérapie individuelle, mais reposent plutôt sur l’idée que prendre soin de soi est une forme de thérapie.
En plus de cette attention à l’autre, de ce respect des émotions et ressentis de chacun, auxquel je veille, être psychologue me permet d’organiser les retraites en tant que "sessions thérapeutiques".
Déjà parce que d'un point de vue légal et juridique, il fallait un cadre.
D'autre part parce que certaines mutuelles prennent en charge les consultations de psychologue, et que certaines mamans ont pu se faire rembourser en partie ou en intégralité leur retraite. 

4.    Qui sont les autres personnes dont tu t’entoures ?


Il y a tout d’abord Aurore, qui est infirmière en psychiatrie, a participé avec moi à la mise au point du projet. Nous avons réfléchi ensemble à ce que nous pourrions offrir et apporter à ces femmes qui ont vécu le même drame que nous.
Ensuite, selon les sessions, nous avons un professeur de Yoga, un professeur de Pilates, un chef, une esthéticienne, une sophrologue, une art-thérapeute....
Chaque prestataire est choisi bien évidemment pour son sérieux et son professionnalisme, mais aussi pour sa capacité d'empathie envers les personnes ayant perdu un enfant.
Nous prenons soins aussi de vérifier son parcours professionnel et académique : pas de charlatan ni de sectes dans les retraites R.E.N.A.I.T.R.E!
Traverser le deuil périnatal est une période de fragilité, nous devons nous entourer de professionnels sans failles, qui peuvent réellement faire évoluer les participantes sur leur chemin de deuil.


5.    Comment décides-tu du contenu des week-ends ?


Le contenu des retraites a été dans un premier temps calquée sur la retraite à laquelle j'ai participé aux Etats-Unis. Ensuite, il a fallu s'adapter aux contraintes du lieu, des horaires, de la disponibilités des intervenants, de ce qui était proposé sur place...Il y a une sacrée logistique derrière pour tout coordonner. La première n'a pas encore eu lieu, j'espère que tout fonctionnera à merveille et je salue d'avance le courage de ces 20 mamans ( et oui, la première retraite affiche complet depuis des mois!) qui se lancent dans la toute première édition de ce projet.
Nous proposons un panel d'activités susceptibles de plaire à toutes, accessible et réalisable à toutes, et surtout visant à aller mieux. Des choses qu'on ne peut faire tous les jours, faute de temps ou de moyens. La retraite est une parenthèse, un cadeau que l'on s'offre à soi, en mémoire de son bébé.
J’aimerais ensuite faire évoluer les Retraites en fonction du déroulement et des retours positifs et négatifs des participantes, afin de répondre au mieux aux attentes des Mamans.
 

6.    Comment choisis-tu les lieux des retraites ? Tant du point de vue localisation qu’équipement.


Un lieu de retraite pour les mamans frappées par un deuil périnatal.
Pour le moment la demande est telle qu'il y a une demande environ par région. Nous attendons qu’il y ait un nombre minimum de participants pour prévoir une Retraite.
En effet, autant aucun bénéfice n'est réalisé sur le tarif demandé pour la retraite, autant on ne peut se permettre de perdre de l'argent.
Ensuite, nous recherchons un lieu plein de charme, un petit coin de "paradis sur terre", susceptible d'accueillir les participantes dans un lieu ou elles se sentiront bien. Le lieu est entièrement dédié aux participantes, nous ne cohabitons pas avec d'autres, comme ce serait le cas dans un hôtel. Dans ces grandes maisons choisies pour nous accueillir, il n'y a que nous. Nous ne dérangeons personne et ne sommes dérangées par personne.
Bien sûr, il faut aussi que le lieu ne soit pas trop difficile d'accès, car nos participantes viennent de toute la France, voire d'autres pays d'Europe!

7.    Comment se passe l’emploi du temps type d’une retraite ?


Plutôt qu'une longue réponse, voici le planning établi pour la toute première retraite, qui a lieu mi octobre prochain en région parisienne...
L’accueil se fait à partir de 15h00 le vendredi.
La première soirée est consacrée à se poser, faire connaissance, échanger, écrire
Le Samedi, les activités proposées seront, en début de matinée, du yoga, et, par la suite, des soins des mains, prodigués par une esthéticienne diplômée.
En début d’après-midi, les participantes pourront aller marcher ou se plonger dans la piscine.  Un cours de cuisine leur sera ensuite proposé, sous forme d’une session « psyo-digestive ».
Le soir, le film Return to Zero sera projeté à celles le souhaitant, et une discussion sur le ressenti sera possible.
Le dimanche, après une séance de yoga matinal, j’encadrerai, en tant que psychologue, un debriefing sur le retour à la maison.
En début d’après-midi, un temps sera dévolu à l’écriture. Les participantes pourront ensuite prendre un temps pour elles, se préparer à partir, se plonger une dernière fois dans la psicine…
Bien sûr , chaque activité est optionnelle et il n'y a aucune obligation : la retraite propose, la participante dispose...Cependant, nous encourageons fortement les mamans à participer aux différentes activités pour profiter pleinement de la retraite et en retirer un maximum de bénéfices ( bien-être, création de lien ,réseau, réflexion sur soi, cheminement dans le deuil...). Par ailleurs, tout au long de la journée, des temps libres permettent d’être en lien avec soi-même, de ne pas s’étourdir
  
    8.    Combien y a-t-il de places pour une session ?

Le nombre maximum de places est de 20. On ne va pas au delà de ce chiffre pour garder une certaine cohésion du groupe. Mais parfois les contraintes de lieu rendent la retraite encore plus intime, et n'offre que 10 ou 15 places aux participantes.

9.   Comment suivre une telle retraite peut-il aider les Mamans endeuillées dans leur relation à la vie, à elles-mêmes, aux autres et à leur bébé trop tôt disparu ?


En participant aux retraites, comme je le disais, on coupe d'avec notre quotidien. Si on est très tôt après la perte et que même se lever et prendre une douche relève de l'exploit, alors cela extrait de cet état.
Le groupe étant hétérogène, les mamans sont à différents endroits dans leur deuil : celles qui en sont au début peuvent voir qu'une évolution est possible, qu'il y a une vie après, malgré tout, et celles plus avancées réalisent le chemin parcouru.
Prendre soin de soi, de son corps, cela aide aussi psychologiquement. "renouer" avec ce corps qui a porté peut être la mort, ce corps à qui on en veut certainement, mais qui nous porte aussi, et portera peut être de nouveau la vie...
La structure des Retraites, enfin, fait qu’il n'y a pas de fuite en avant, pas de refuge dans le travail ou d'abrutissement devant la TV. On est face à soi, mais pas seul. On ne "replonge" pas, on « sort la tête de l'eau ».
En prenant soin de soi durant les retraites, on va mieux, et en allant mieux, on est mieux aussi avec les autres.
Le but n'est pas de casser les murs qu'on a éventuellement bâtis pour se protéger suite à la perte, mais d'apprendre à passer un peu plus de temps hors de sa "zone de confort", afin d'avoir de moins en moins besoin d'être au milieu des murs qu'on a construit.
Participer aux retraites permet d'avoir des outils pour aller mieux, ou moins mal.
On apprend des autres, on sort de l'isolement, on crée un réseau.
On apprend à RENAITRE, justement car nous ne sommes plus et ne seront plus jamais celle que nous étions avant le perte de notre (nos) enfant(s).
On apprend qu'on peut être heureuse, autrement, différemment malgré le deuil de ce bébé.
Et que cela ne veut pas dire "oublier". Continuer à vivre, à rire, et à sourire, c'est faire vivre la mémoire de notre enfant parti trop tôt. Parce qu'il vivra toujours dans notre tête et dans notre cœur (et dans ceux de ceux qui l'aiment, notamment des papas qui ne sont pas oubliés)

10.                     J’ai entendu parler de retraites pour les Papas ?


Il y a une demande, en effet. Faible, pour le moment, mais bien là ! Je suis certaine que nous y répondrons, car les papas sont souvent oubliés. Ils ont perdu un enfant, eux aussi. D’ailleurs, Messieurs, même dans les retraites destinées aux femmes, nous penserons à vous. Et nous vous le prouverons...vous ne serez pas oubliés!
En effet, il faut être deux pour faire un enfant, et en cas de perte, nous sommes deux à en faire le deuil.

11.                     Quel en serait le principe, qu’est ce qui serait proposé à ces messieurs ? Les Mamans seraient-elles conviées aussi ?


Il s’agirait de répondre aux besoin des Papas, dont le  deuil  est différent de celui des mamans, forcément, puisque dès le départ la donne est différente: c'est la femme qui porte l'enfant et lui donne naissance, même mort.
Comme les femmes, les pères sont dans la culpabilité, mais de manière différente.
Ils sont aussi dans l'impuissance ( Comment faire en sorte que la mère de mon enfant aille moins mal?).
De cela ressort beaucoup d'incompréhension, et nous savons malheureusement que certains couples ne survivent pas à la perte d'un enfant.
Les retraites destinées aux papas seraient donc différentes de celles des mamans, car ce qu'ils vivent et ce qu'ils expriment est différent. Et puis les centres d'intérêt sont différents aussi !
Il n'y aurait pas de mélange hommes femmes dans un premier temps, pour une question de dynamique de groupe. Une femme s'exprimera différemment en présence d'un homme, et vice versa.

12.                     Quelles sont les prochaines dates de retraites ? Et où auront-elles lieu ?

Pour ce qui est des prochaines dates de retraites, nous avons :
·        17-19 octobre 2014 à Sablonnières (77, région parisienne).
·        21-23 novembre 2014 à Namur (Belgique)
·        28-30 novembre 2014 à Ris Orangis ( 91, région parisienne)
·        5-7 décembre 2014 à Marseille ( à confirmer, trop peu de demandes)
·        13-15 mars à Ris Orangis (91, région parisienne).
·        29-31 mai 2015 près de Bordeaux
·        25-27 septembre 2015 à Noirmoutier, Vendée (date à confirmer, lieu certain)
·        Nous avons aussi une demande pour Besançon, que nous sommes en train d'étudier. Pour toutes informations en temps réel, nous vous invitons à visiter le site : www.retraite-renaitre.com
 
 Pour clore cet entretien, je me permets de faire un appel aux dons. Il est en effet important pour moi que l’argent ne soit pas un frein à la participation aux retraites, le deuil périnatal touchant tout le monde, sans distinction de milieu socio-économique.
Vous pouvez, sur notre site, nous aider àfinancer les retraites, via gofundme.
Enfin, sentez vous libre de vous inscrire jusqu’à la dernière minute : la seule règle est qu’on ne peut plus s'inscrire une fois que la retraite est complète...

Merci Blandine, pour cet entretien et cette initiative importante pour aider les parents frappés par un deuil périnatal!

Que les Mamans qui auront la chance de participer, mi octobre, à la première session n'hésitent pas à nous dire comment cela c'est passé pour elle, ce que cela leur a apporté etc!
A bientôt...

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